Mythologies scientifiques (Archives 2005-2006)

GROUPE DE TRAVAIL

Mythologies Scientifiques est un groupe de travail centré autour d’un problème au carrefour de la philosophie des sciences et de l’épistémologie des sciences humaines. Il sera l’occasion de réfléchir de façon approfondie au statut du discours scientifique et, plus précisément, au projet de démarcation entre science et non science. Il s’organisera en six séances annuelles dont chacune sera animée par un intervenant et suivie d’une discussion.  La liste des intervenants sera confirmée sur cette page.

Pour une présentation plus détaillée des orientations du groupe, cliquez ICI.

Les séances auront lieu le samedi matin de 11h à 13h en salle Lalande (UFR de Philosophie, Université Paris 1, Sorbonne).

PROGRAMME DES SÉANCES

I  Science contre mythologie

05/11/2005 : Démarquer science et non science — Intervenant : Miguel COELHO
La discussion contemporaine concernant la distinction science/non science prend pour point de départ Popper et le critère de falsifiabilité. On se pose parfois la question de la relation entre ce critère et le vérificationnisme, et il arrive que l’on cherche à comparer ce critère poppérien avec ses prédécesseurs positivistes au sein du Cercle de Vienne. Pourtant, cette tentative d’établir une démarcation science/non science est beaucoup plus ancienne, puisqu’elle se présente comme la condition nécessaire de l’activité scientifique. On peut alors s’interroger sur le statut d’un critère de démarcation : y a-t-il véritablement un tel critère dont la découverte serait le but de l’épistémologue, ou son existence est-elle elle-même un mythe sans lequel la science ne serait pas possible ?

03/12/2005 : Le fait scientifique est-il un mythe ? Ludwik Fleck et la genèse du fait scientifique — Intervenants : Etienne BRUN-ROVET et Sabine PLAUD
L’idée d’une démarcation entre science et non science implique une opposition entre d’une part les disciplines qui donnent la primauté aux faits, et d’autre part celles pour lesquelles les faits sont secondaires. La nature du rapport au fait serait donc déterminante pour l’objectivité scientifique. Pourtant, nous pourrions nous demander s’il y a seulement quelque chose de tel que des faits purement objectifs. Le fait n’est-il pas lui-même le résultat d’une construction historique et sociologique ? Bien plus, loin de servir de critère de démarcation entre science et mythologie, l’idée même de fait ne s’avère-t-elle pas être un mythe ? A l’occasion de sa récente traduction, nous nous poserons ces questions à la lumière des thèses développées par Ludwik Fleck dans son ouvrage intitulé Genèse et développement d’un fait scientifique.

 

II  La mythologie au cœur de la science

28/01/2006 : Science, pseudo-science et idéologie Intervenant : Stéphane REY
Si les sciences de la nature, à la différence de la philosophie ‘spontanée’ des savants, ne semblent pas pouvoir être comme telles tenues pour idéologiques, il n’en va pas de même pour les sciences humaines au sein desquelles l’affrontement des théories rivales exprime manifestement des conflits d’ordre social et politique. Peut-on dès lors séparer nettement dans le discours sur la société ce qui relève de la science et ce qui relève du jugement de valeur en général et du parti-pris politique en particulier ? C’est précisément en se confrontant à cette difficulté que Max Weber a élaboré une théorie de la méthode scientifique dans le domaine des sciences sociales, aujourd’hui acceptée dans ses grands traits par la plupart des praticiens de ces disciplines (fût-ce à leur insu). Cette théorie place en son centre une séparation rigoureuse des faits et des valeurs. En prêtant attention à ses difficultés internes et en s’appuyant sur les analyses critiques de Lukacs et de Horkheimer contre de ce qu’ils visent généralement sous le nom de « positivisme », on s’efforcera de présenter quelques bonnes raisons de mettre en question ce partage qui nous est devenu si naturel et de mettre en relief son caractère éminemment idéologique.

25/02/2006 (SALLE HALBWACHS) : Van Fraassen et l’empirisme comme valeur Intervenant : Michel BITBOL Répondant : Guillaume GARRETA
Dans The Empirical Stance, Bas van Fraassen présente l’empirisme comme une posture adoptée au même titre que n’importe quelle autre croyance : il y a une posture empiriste tout comme il pourrait y avoir une posture métaphysique. L’empirisme devient donc un ensemble de valeurs spécifiques choisies. Le choix de l’empirisme n’est pourtant pas arbitraire : on peut discuter des valeurs tout autant que des faits. Mais quelle est alors la relation entre faits et valeurs ? Si, comme prétend le démontrer Putnam dans ses derniers travaux, les questions de valeur ne sont pas séparables des questions de fait, on peut s’interroger sur la possibilité d’une nature mythologique de cette valeur qu’est l’empirisme.

 

III Une science non mythologique est-elle possible?

11/03/2006 : Ethique et rationalité scientifique : Moritz Schlick et la naturalisation de l'éthique Intervenant : Christian BONNET (annulé)
Dans Fragen der Ethik (1930), Moritz Schlick a entrepris de développer les conséquences du positivisme logique dans le champ éthique. Prenant acte de ce que le critère positiviste du sens – qui veut qu’une proposition n’ait de sens que pour autant que nous sommes en mesure d’indiquer les circonstances dans lesquelles elle serait vraie (ou fausse) – semble condamner les énoncés de valeur à n’être que des pseudo-propositions dénuées de sens et à partager ainsi le sort des énoncés métaphysiques, il a tenté de concevoir l’éthique non plus comme une discipline normative, mais comme une science empirique qui traite les valeurs morales comme des faits et s’assigne désormais pour tâche propre non plus de justifier les normes existantes, mais de les expliquer à partir des lois générales régissant les comportements humains. C’est ce programme de naturalisation de l’éthique que nous proposons de présenter et de discuter.

29/04/2006 : Comment sauver l’objectivité de la science mythologique ? Intervenante : Nathalie RICHARD
Si l’on admet qu’il est impossible, dans les sciences, d’adopter un quelconque point de vue de nulle part, il faut alors en tirer toutes les conséquences épistémologiques. Dans ces conditions, faut-il adopter une attitude sceptique et renoncer à tout idéal d’objectivité et de rationalité scientifique ? Cependant, à défaut de pouvoir découvrir une objectivité absolue, ne peut-on pas du moins construire des procédures permettant d’accéder à une connaissance reconnue comme rationnelle ? On posera en particulier la question du statut des sciences humaines et sociales. Ces disciplines sont en effet un exemple de sciences où le domaine factuel n’est jamais pur de toute intervention des valeurs. Pourtant, n’y a-t-il pas une rationalité propre aux sciences humaines qui les fait accéder au statut de sciences à part entière, « mythologiques » mais aussi pleinement scientifiques ? Si tel est le cas, on pourrait alors envisager d’étendre cette solution à toutes les sciences, afin de leur donner un fondement acceptable. Ces questions seront abordées à partir d'exemples historiques, à la faveur d'une analyse des solutions que proposent des auteurs français tels que Taine ou Renan afin de sauver ce qu'ils désignent alors comme la « positivité » des sciences humaines.

Organisation : Etienne Brun-Rovet et Sabine Plaud

 

Dernière mise à jour : 25 mai 2006